À 160 kilomètres au sud de la capitale, Kairouan reste l’une des grandes oubliées des circuits tunisiens. Beaucoup de voyageurs filent vers les plages de Sousse ou les ruines de Carthage sans jamais s’arrêter dans cette ville fondée en 670. C’est pourtant la première cité musulmane du Maghreb et la quatrième en importance après La Mecque, Médine et Jérusalem. Une visite de Kairouan en Tunisie vous plonge dans une médina classée à l’UNESCO, des mosquées millénaires et un artisanat du tapis toujours vivant. Voici comment l’aborder.
Ce qu’il faut retenir
- Kairouan est la quatrième ville sainte de l’Islam et un site UNESCO depuis 1988.
- La Grande Mosquée, fondée en 670, est la plus ancienne d’Afrique du Nord.
- Les Bassins des Aghlabides témoignent d’une ingénierie hydraulique du IXe siècle.
- La médina reste un centre réputé du tapis noué et du makroudh.
- Comptez une demi-journée depuis Sousse, une journée complète pour tout voir.
La Grande Mosquée, la doyenne d’Afrique du Nord
Fondée par le général Oqba Ibn Nafi en 670, la Grande Mosquée de Kairouan a été plusieurs fois reconstruite, sa forme actuelle remontant surtout au IXe siècle sous les Aghlabides. C’est le plus ancien lieu de culte musulman du Maghreb et un modèle qui a inspiré de nombreuses mosquées d’Occident musulman. Sa cour immense, pavée de marbre, mène à une salle de prière soutenue par des centaines de colonnes antiques, récupérées sur des sites romains et byzantins. Le minaret carré, l’un des plus vieux du monde, domine l’ensemble. Les non-musulmans accèdent à la cour mais pas à la salle de prière, ce qui laisse largement de quoi apprécier l’architecture. Prévoyez une tenue couvrant épaules et genoux.

Les Bassins des Aghlabides, une prouesse hydraulique
À la sortie nord de la ville, les Bassins des Aghlabides racontent comment une cité de plaine, loin de tout fleuve, a réglé sa question de l’eau au IXe siècle. Deux grands réservoirs circulaires, le plus vaste mesurant environ 128 mètres de diamètre, recueillaient l’eau amenée par un aqueduc depuis les collines. Un système de décantation piégeait les sédiments avant que l’eau ne soit stockée puis distribuée. Une terrasse aménagée permet aujourd’hui d’embrasser l’ensemble d’un seul regard et de saisir l’échelle du chantier. L’ingénierie médiévale de Kairouan impressionne d’autant plus qu’elle a fonctionné pendant des siècles. L’arrêt est court mais complète bien la compréhension de la ville.
La médina UNESCO et le tapis noué
Ceinte de remparts ocre, la médina de Kairouan se parcourt à pied, entre ruelles blanches, portes cloutées et souks. Moins touristique que celle de Tunis, elle garde un rythme de ville qui travaille. Le tapis y est une institution: le point noué de Kairouan, décliné en modèles à médaillon ou berbères, s’achète directement chez les artisans, souvent à l’étage de boutiques ouvertes sur les échoppes. Prenez le temps, comparez, négociez sans presse. Ne manquez pas la mosquée du Barbier, ou zaouïa de Sidi Sahbi, richement décorée de faïences et de stucs, qui abrite le tombeau d’un compagnon du Prophète et se visite librement.
Le makroudh, la douceur de la ville
Impossible de quitter Kairouan sans goûter au makroudh, losange de semoule fourré à la pâte de dattes puis frit et trempé dans le miel. C’est la pâtisserie emblématique de la ville, vendue dans les échoppes du centre et sur l’avenue principale. Les enseignes historiques proches de la médina en font une version dense et parfumée, idéale à rapporter. Accompagnez-le d’un thé aux pignons. Comptez quelques dinars la boîte, un souvenir gourmand bien plus parlant qu’un aimant de frigo.
Demi-journée ou journée complète, selon votre profil
Depuis Sousse ou Monastir, Kairouan se fait en excursion d’une demi-journée si vous ciblez la Grande Mosquée, les bassins et un passage rapide en médina. Les voyageurs curieux d’artisanat et d’histoire gagneront à y consacrer une journée complète, avec déjeuner sur place et flânerie dans les souks. La ville se rejoint en louage, en voiture ou en excursion organisée. Évitez le vendredi midi pour les mosquées et privilégiez la matinée en été, la chaleur de la plaine étant forte l’après-midi.
Kairouan ne se donne pas au premier regard: elle récompense ceux qui prennent le temps de ralentir dans ses ruelles.
| Site | Temps conseillé |
|---|---|
| Grande Mosquée | 45 à 60 min |
| Bassins des Aghlabides | 20 à 30 min |
| Médina et souks | 1 h 30 à 2 h |
| Zaouïa de Sidi Sahbi | 30 min |
| Pause makroudh et thé | 30 min |
Questions fréquentes
Peut-on visiter Kairouan sans guide ?
Oui, les principaux sites sont accessibles librement et la médina se parcourt facilement à pied. Un guide reste utile pour l’histoire des Aghlabides et pour éviter la pression commerciale dans les souks de tapis.
Combien de temps pour aller à Kairouan depuis Sousse ?
Comptez environ une heure de route, soit une soixantaine de kilomètres. Le louage et la voiture de location sont les options les plus souples pour une visite à la journée.
Quelle tenue prévoir pour les mosquées ?
Épaules et genoux couverts pour tous, et un foulard bienvenu pour les femmes. Des châles sont parfois prêtés à l’entrée, mais mieux vaut prévoir sa propre tenue.
Sources
UNESCO, Kairouan (liste du patrimoine mondial)
Office national du tourisme tunisien, région de Kairouan
Le mot de Julien
J’ai gardé Kairouan pour la fin d’un séjour tunisien, un peu par hasard, et je l’ai regretté: elle méritait une vraie journée. Ce qui m’a marqué, c’est le contraste entre le silence de la cour de la Grande Mosquée et l’agitation des souks à quelques rues de là. Prenez un louage tôt le matin, marchez sans plan précis, laissez un artisan vous montrer comment on noue un tapis. Repartez avec une boîte de makroudh. C’est une ville qui se mérite, et c’est justement ce qui la rend attachante.
Julien Juchereau






