À 600 km au sud d’Alger, la vallée du M’Zab aligne cinq cités fortifiées posées sur des pitons rocheux, dressées au Xe siècle par les Ibadites. Ghardaïa en est la porte d’entrée, avec son marché à arcades et son dédale de ruelles ocre. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, cet ensemble reste peu fréquenté par les voyageurs étrangers, alors qu’il compte parmi les sites les plus originaux d’Algérie. Voici comment le découvrir, ce qu’il faut savoir sur la visite encadrée, et par où passer pour arriver jusqu’ici.
Ce qu’il faut retenir
- La pentapole du M’Zab réunit cinq villes classées UNESCO : Ghardaïa, Beni Isguen, Melika, Bounoura et El Atteuf.
- L’architecture ibadite, sobre et géométrique, a directement inspiré l’urbaniste Le Corbusier.
- La visite de certaines cités, dont Beni Isguen, se fait presque toujours avec un guide local, pour des raisons de tradition et d’accès.
- Le marché de Ghardaïa est réputé pour ses tapis mozabites et son artisanat de bijoux en argent.
- Depuis Alger, comptez environ 1 h 15 d’avion vers l’aéroport de Noumérat, ou une longue route de 600 km.
Cinq cités mozabites sur la liste de l’UNESCO
La vallée du M’Zab s’organise autour de cinq villes fondées entre le Xe et le XIe siècle par la communauté ibadite, une branche de l’islam distincte du sunnisme et du chiisme. Chaque cité suit le même principe : une mosquée-forteresse au sommet, dont le minaret sert aussi de tour de guet, puis des maisons en pisé qui descendent en spirale jusqu’aux remparts. Ghardaïa est la plus grande et la plus animée. Beni Isguen, cité sainte encore très fermée, conserve ses portes anciennes et son enceinte. Melika domine la vallée avec son cimetière ancien, tandis que Bounoura et El Atteuf, la plus ancienne des cinq, complètent cet ensemble classé au patrimoine mondial depuis 1982.

L’architecture ibadite qui a marqué Le Corbusier
L’urbanisme du M’Zab repose sur une logique d’économie et de communauté : chaque maison reçoit sa part de lumière et d’air, les rues se resserrent pour garder la fraîcheur, et rien ne dépasse ce qui est nécessaire. Cette architecture vernaculaire a fasciné les modernistes du XXe siècle. Le Corbusier s’est rendu plusieurs fois dans la vallée à partir de 1931 et en a tiré des croquis et des principes qu’il a réinjectés dans son travail sur l’habitat collectif. Il voyait dans Ghardaïa une leçon d’urbanisme spontané, où la forme suit strictement l’usage. Aujourd’hui encore, des écoles d’architecture viennent étudier ce modèle sur place.
À Ghardaïa, on comprend que l’architecture n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être juste : chaque mur répond au soleil, au vent et au voisin.
La visite avec guide, souvent obligatoire
Une partie du M’Zab se visite uniquement accompagné d’un guide agréé, en particulier Beni Isguen, considérée comme cité sainte. L’entrée y est réglementée : photos parfois interdites dans certaines rues, tenue correcte demandée, et fermeture des portes en fin d’après-midi. Le recours à un guide n’est pas qu’une formalité : il ouvre l’accès à des lieux fermés au visiteur seul, explique les codes de la communauté ibadite et évite les impairs. On trouve des guides à l’office du tourisme de Ghardaïa et via les hôtels. Comptez un tarif modéré à la demi-journée, à convenir avant de partir. Prévoyez de vous couvrir les épaules et les jambes, surtout aux abords des mosquées.
Marché, tapis et bijoux d’argent
La place du marché de Ghardaïa, bordée d’arcades, reste le meilleur endroit pour prendre le pouls de la vallée. On y vend fruits, épices et surtout le fameux tapis mozabite, tissé à la main avec des motifs géométriques berbères. Chaque année, une vente aux enchères de tapis anime la place, un moment fort de la vie locale. L’artisanat de bijoux en argent, hérité du savoir-faire saharien, se négocie dans les échoppes voisines. Achetez de préférence auprès des ateliers signalés par votre guide, et prenez le temps de comparer avant de conclure. Le marchandage fait partie de l’échange, sans agressivité.
Comment aller à Ghardaïa depuis Alger
Deux options s’offrent à vous depuis la capitale. L’avion reste le plus simple : plusieurs vols intérieurs relient Alger à l’aéroport de Noumérat-Ghardaïa en 1 h 15 environ, avec Air Algérie. La route, longue de 600 km par la N1, traverse les Hauts Plateaux et Laghouat avant d’atteindre la vallée : comptez sept à huit heures de trajet, à faire de jour. Ghardaïa constitue aussi une escale naturelle pour qui remonte du grand Sud. Pour préparer une étape dans la capitale, lisez notre guide que faire à Alger en 3 jours, et pour prolonger vers les dunes, notre dossier sur le Sahara algérien qui s’ouvre au tourisme.
| Cité | À retenir |
|---|---|
| Ghardaïa | Marché à arcades, tapis mozabites, plus grande des cinq |
| Beni Isguen | Cité sainte, visite guidée, remparts et portes anciennes |
| Melika | Point de vue sur la vallée, cimetière ancien |
| Bounoura | Cité perchée, ambiance calme et authentique |
| El Atteuf | La plus ancienne, mosquée de Sidi Brahim |
Questions fréquentes
Faut-il obligatoirement un guide pour visiter le M’Zab ?
Pas partout, mais c’est fortement recommandé et souvent imposé à Beni Isguen. Le guide donne accès à des lieux fermés et vous évite de heurter les usages de la communauté ibadite.
Quelle est la meilleure période pour venir ?
D’octobre à avril, quand les températures restent supportables. L’été saharien dépasse largement 40 degrés et rend les visites difficiles en journée.
Peut-on prendre des photos librement ?
Non, certaines rues et lieux de culte l’interdisent, en particulier à Beni Isguen. Demandez toujours à votre guide avant de sortir l’appareil.
Sources
UNESCO, Vallée du M’Zab, patrimoine mondial
Air Algérie, vols intérieurs
Le mot de Julien
Le M’Zab m’a marqué parce qu’il ne cherche jamais à en faire trop. Ici, tout tient dans la mesure : la couleur des murs, le silence des ruelles, la politesse d’un habitant qui vous laisse passer. La visite guidée m’a d’abord semblé contraignante, puis je l’ai vécue comme une chance, celle d’entrer dans une ville qui ne se livre pas au premier venu. Prenez le temps, respectez les règles, achetez un tapis à un artisan que l’on vous recommande. Vous repartirez avec une idée neuve de ce qu’est une ville bien pensée.
Julien Juchereau






